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"Asile", exposition de photographies d’art d’Olivier Daubard

Publié le 23 octobre 2018 Mis à jour le 31 octobre 2018

A l'Ancienne chapelle de l’hôpital général de Clermont-Ferrand.

Asile

exposition de photographies d’art d’Olivier Daubard

Ancienne chapelle de l’hôpital général de Clermont-Ferrand
Rue Sainte-Rose, 63000 Clermont-Ferrand

Du mardi 13/11/18 vendredi 16/11/18 : ouverture de 14h00 à 19h00.
Samedi 17/11/18 : ouverture de 10h00 à 19h00.
Du mardi 20/11/18 au vendredi 23/11/18 : ouverture de 14h00 à 19h00.
Le samedi 24/11/18 : ouverture de 10h00 à 19h00.

entrée libre
 
« Il y a longtemps...
Religieuses et religieux avaient accueilli dans leur isolement de foi les aliénés à cacher, faisant de l’asile Sainte-Marie un isolement collectif.
À tous les aliénés, les « inadaptés », à tous ceux qui ont cessé de vouloir être heureux.
À tous ceux qui se situent dans l’espace vide du temps, lorsque la cloche de l’asile qui retentissait dans la ville, sortait de l’oubli le temps des fous.
« J’essaye d’être, de vivre entre le tic et tac… dans ce moment de silence qui sépare… il n’y a rien, il y a tout. Aussi, je saisis ma chance. » écrit Gonzalo Azcarate (Rêve-toi et marche).
L’espace vide comme un TOC.
Se tromper, réussir, échouer, peu importe.
La course à la réussite comprend aussi le possible échec, l’erreur.
Allez viens, on va vivre et se tromper.
Vivre, n’est-ce pas le plus important ?
De quel côté du mur vivent les aliénés? Sont-ils séparés?

Une recherche d’équilibre...
Les frontières en murs de la psychiatrie s’adoucissent, aspirent à un apaisement, une transparence.
Le mur se fait de verre.
Certaines études récentes affirment que nous serions tous plus ou moins aux prises d’un trouble de l’humeur.
Les mondes se mélangent. Tous dans le même bateau? Sur le même radeau?
Les aliénés nous livrent toute la possible violence, la folie, et la fin du monde.
Ils sapent le moral et taillent en lambeaux le costume–cravate de la crédibilité d’un monde qui se veut plus propre, plus sûr, trié et recyclé.
Obnubilé par ses peurs, le monde doit en permanence se chercher des garanties et nettoyer les espaces.
La peur de la tâche et la peur de se tromper deviennent une obsession.
Principe de précaution : « signez-là ».
Tout le monde veut avoir raison et défend avec hargne son point de vue. Nous vivons dans un monde de saints.
Plus personne pour jouer le mauvais rôle.
Il faut être costaud pour vivre seul avec sa folie.
Alors l’hôpital devient un refuge, une escale, un lieu où l’on ne sera plus seul.
Les aliénés nous livrent tout le malheur du monde et la cruelle absence de sens, ils nous offrent le vide et l’abandon.
Ils ont cessé d’être des gens « bien » et se ramassent à la petite cuiller, pour un temps ou pour toujours.
L’asile est aussi devenu ruine.
Un mur…
 
Il fut un temps où les murs cerclaient une terre d’accueil. Dans cette enceinte protégée et contenue, était un jardin.
Une terre, des bâtiments à construire, un toit.
Sur cette terre, un enfermement partagé, religieuses et aliénés.
Il fut un mur pour protéger d’un côté l’acceptable et de l’autre l’inacceptable.
D’un côté du mur, celui des « sains » avec la peur de l’insoutenable puis de l’autre côté, les aliénés et la peur du monde libre.
L’asile était un mur et derrière ce mur était une ville oubliée dont on ne revenait plus.
Devenus invisibles jusqu’au dernier souffle, les oubliés recevaient, à de rares occasions, de muettes visites d’un membre de la famille encore soucieux, pour un temps, du sort de l’aliéné.
En retrait derrière les barreaux en fer forgé de la chapelle, durant les offices, on venait voir secrètement son fou.
Puis, on ne venait plus du tout. Ainsi s’évanouissait le temps…
Le mur, quel qu’il soit, ne sépare que la chair et l’os, il devient écran sur lequel se projettent les pensées qui le traversent.
Le mur ne retient ni l’esprit ni le rêve.
 
L’asile Sainte Marie s’en va. L’hôpital se reconstruit ailleurs, autrement.
Depuis 1836, sous le regard absent des clermontois, depuis l’asile jusqu'à l’hôpital, un perpétuel chantier est en mouvement.

Longs couloirs…
Dans la partie désaffectée, le temps s’est arrêté.
Dans les chambres vides et dépouillées de l’hôpital, toutes les portes se sont ouvertes. C’est un désert en couloirs.
Les carreaux des fenêtres se brisent çà et là. Entrent les premiers oiseaux qui se perdent dans les couloirs infinis.
Puis entre le vent. Visiteur invisible, dans cette partie désaffectée de l’hôpital de jour comme de nuit, le vent referme quelques portes en les claquant.

Chambres d’isolement…
Les murs contenaient la folie, ils en libèrent aujourd’hui le souvenir.
Les murs protègent, isolent et rassurent. Ils scindent le monde en 2. Resserrés encore plus près, ils deviennent utérins.
Lorsque le monde est trop vaste, la liberté devient dangereuse et ne contient plus de limite, le corps se distant et l’esprit avec.
Recroquevillé dans le « placard », le corps se rassemble et disparaît aux yeux du monde dans un apaisement provisoire...
...être ici au monde, sans y être…

Horloges…
Les horloges sur le toit se sont arrêtées depuis plusieurs années déjà. Il n’y aura plus le tic et le tac. Le temps des fous est suspendu. Le temps de Gonzalo s’étire enfin…
Christophe et moi, l’agent de sécurité qui m’accompagne, sommes montés jusqu’au toit, tout là-haut ! Je lui clame : « Nous sommes les rois du monde ici ! ». Il affiche un large sourire puis nous observons en silence la ville de Clermont-Ferrand qui cerne l’hôpital et au loin la chaîne des volcans.
Encore plus en haut, nous accédons au mécanisme des 4 horloges figé à jamais.
Je tourne les aiguilles de chacune d’entre elles pour en changer l’heure une dernière fois. Nous nous amusons à penser que seuls, lui et moi, saurons désormais que l’heure a changé et peut-être quelques fins observatrices de la rue, tout en bas.
Au-dessous de nous, le vide et le silence.

Anciennes cours : celle des femmes et celle des hommes …
Dans les anciennes cours, la nature sauvage est revenue depuis que la nature humaine s’en est allée.
La nature est revenue vite fait, conquérante et victorieuse, pour un court instant, juste le temps d’un tic-tac avant la démolition.
Les colonnes en pierre de lave se confondent en silhouettes à la tombée du jour.
C’est ici que se sont installées les chouettes qui s’envolent à mon passage.
De jeunes arbres se sont hâtés de grandir pour rattraper le temps afin de côtoyer les vieux ifs deux fois centenaire, pour former une prochaine forêt.

Xavier…
Xavier souhaite revoir la chambre où il séjourna lors de sa première hospitalisation à l’âge de 25 ans en 1987. Je le conduis dans le bâtiment abandonné, nous passons par l’ancien accueil, le bureau des entrées qui donnait avenue Franklin Roosevelt.
Devant la porte de l’immeuble, un nouveau gardien a pris place, un grand Catalpa à fleurs roses a percé et soulevé l’épais bitume.
Nous entrons, montons l’escalier, tournons et virons un peu, il ne retrouve pas sa chambre puis il ouvre une porte, la voilà.
Des couvertures sont restées sur le lit. Xavier s’y allonge quelques instants.
J’observe les murs de la chambre, la cheminée et le crucifix, la vue déformée de la fenêtre à travers les vieux carreaux de verre qui coulent.
Il entre dans la cuisine collective.
Tout est là, la table, les chaises, il reste même du café moulu. Il s’assied un moment, stoïque et figé.
Je l’invite à quitter les lieux, cette fois-ci, pour la dernière fois.

Sahbi…
Un jour, j’amène Sahbi dans l’ancienne cour des hommes. Stupéfait, il découvre la forêt naissante.
Il s’exclame : « C’est la fin du monde ici ! ».
- Oui, lui dis-je, un monde s’en va mais regarde, un autre revient, celui des arbres et des oiseaux.
Il se met à me parler des lois silencieuses de la nature et nous imaginons un monde sans humains.
En combien de temps toute trace de notre passage sur terre serait-elle à jamais engloutie, effacée?
Cela me parle des astres, de la terre, des grandes extinctions et de la vie qui revient encore plus fort.
Sahbi saisit machinalement une branche d’arbre à sa portée de main.
Ils comptent 20 feuilles sur la tige. Amusés, nous nous mettons à compter une autre tige, 20 feuilles encore, à nouveau une autre avec 20 feuilles.
Puis, curieusement, nous ne trouverons plus aucune tige à 20 mais à 22 feuilles.
Sahbi pense que le « « secret » est parti car il a été dévoilé, qu’il y a un temps pour se taire, que bien des choses nous dépassent et portent en elle le mystère et l’inexplicable.
Nous quittons la forêt et sa mathématique orchestrée puis regagnons l’autre monde en silence.

La disparition…
Je cours après le temps. Il m’en reste peu avant que n’arrivent les premiers engins de la future démolition.
Je découvre que la forêt vient d’être coupée. Je pense aux chouettes.
Seul reste un if, planté là en plein milieu, unique survivant.
Il va faire nuit …
J’observe cette grande cour vidée de sa sève et les bâtiments qui la cerclent.
Les arbres arrachés de la veille ont mis à jour un bassin en faïence comblé de terre.
Je découvre que les religieuses avaient créé jadis un jardin de bassins ornementaux.
Il fut un mur qui cerclait l’asile où vivait un peuple, aliénés et religieuses, allant jusqu’à 2000 âmes en période de guerre.
J’imagine un instant l’affolement dans les couloirs durant les alertes aux bombardements.
J’imagine les nonchalants et réticents à rejoindre les abris en souterrains obscurs de l’asile, ceux pour qui la peur de la bombe n’existait même pas.
Ce soir, je suis seul dans la cour. La nuit m’enveloppe doucement un peu plus.
Je regarde l’if et sa ronde silhouette en as de pic d’un vert profond, victorieux et seul témoin muet du temps passé.
Je quitte la cour pour la dernière fois.
L’asile Sainte-Marie s’en va. »


Dans la chapelle de l’ancien hôpital général : depuis 2010, la chapelle de l'ancien hôpital général, située rue Sainte-Rose, est un lieu d'exposition de la Ville. Elle accueille des expositions d'acteurs culturels clermontois tels que Nicéphore+, Vidéoformes, les Arts en Balade, ainsi que des expositions personnelles ou collectives (Laurent Savoie, Quelque chose-là qui ne va pas, 2018). Inscrite au titre des monuments historiques, la chapelle demeure l'unique bâtiment conservé de l'hôpital général, fondé en 1657 et démoli en 1986 pour laisser place à la construction de la cité judiciaire. Dessinée par l'architecte clermontois, Hugues Imbert (1802-1876) et achevée le 8 juin 1855, la chapelle témoigne de l'architecture néo-classique en Auvergne. La façade principale est ornée d'un portique à quatre colonnes ioniques, un entablement et un fronton triangulaire. Elle est édifiée sur un plan en croix grecque dont les quatre ailes sont orientées aux quatre points cardinaux. A la jonction des quatre bras de la croix s'élève une coupole sur tambour carré.


Olivier DAUBARD
Auteur-photographe à Clermont-Ferrand.
Il réalise des expositions ainsi que des publications aux éditions Bleu Autour.
Immigration, populations minoritaires et individus aux destinées « déviées » de leur trajectoire, il s’intéresse également aux lieux « hors champ » dans leurs caractères « cachés » et « invisibles ».
En immersion durant plusieurs mois à l’hôpital Sainte-Marie en 2011, il réalise le livre « À Te Lier » (Ed. Ville de Clermont-Ferrand) d’après ses images sur la question de l’art thérapie / textes du Dr Jean-Philippe Mangeon.
Aujourd’hui, il présente ASILE, une exposition de photographies sur la partie désaffectée de l’hôpital Sainte-Marie avant sa démolition.

> www.olivier-daubard.fr